(échos)

auscultations d'une falaise - 2016-2018

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Pistes:

(échos) a été composé en 2016-2017 avec les sons de la vallée du Faï et la musique de Bear Bones, Lay Low, Jean Bender, Pôm Bouvier B., Joaquim Brissaud, Clara De Asís & Laura Vazquez, Golem Mécanique, Homnimal, Piotr Kurek, Stephen O'Malley, Léo Maurel & Julien Desailly, Sourdure et Thomas Tilly.

Tous les sons ont été enregistrés durant le 4e festival Échos et la semaine qui l’a précédé, en juin et juillet 2016 (à l’exception d’une apparition de Insiden, enregistrée deux ans plus tôt et qui ouvre le disque.

Le disque a été publié par l’Association Dôme, organisatrice du festival.

(échos) n'est ni un document sur un festival, ni une compilation, ni un album de remixs. Quoiqu'un peu de ces choses-là transpire des 15 morceaux qui composent le disque. Mais (échos) est surtout une interprétation d'un lieu et d'un moment sonore, un essai électroacoustique alpin.
La proposition (…) était à la fois claire et vague : enregistrer un lieu, le contexte du festival et la musique des 14 artistes invité.e.s, afin de recomposer une création originale. Pour se rassurer, une demande avait été adressée à tout.e.s : “acceptez-vous que les échos de votre musique soient capturés, re-visités, ré-appropriés, ré-interprétés, peut-être même trahis ?”

Si une telle chose était possible et avait du sens, c'était grâce au lieu : la vallée du Faï et les trompes géantes installées là 20 ans auparavant pour faire résonner la falaise en face. Invité l’année précédente, je savais que jouer là, c'est se laisser déposséder (plus que d'habitude) des sons produits. C'est les entendre, presque les regarder se perdre dans la montagne et revenir transformés : quelques secondes d’échos et les sons appartiennent déjà à la vallée.
Le lieu était donc propice à écouter (et à capter) le musical avec l'environnemental, sans accorder plus de valeur à l'un qu'à l'autre. Sans distinction : enregistrer les sons construits et amplifiés avec l'acoustique du lieu (et ses fameux échos), avec le climat (le temps change vite en montagne, comme on sait), avec les présences animales (sauvages ou domestiques), avec la société (la vallée est habitée, surpeuplée le jour du festival) et à travers le filtre technologique (capteurs qui font parfois entendre au-delà de l'oreille, mais aussi leurs défauts, les accidents)... La liste n'est pas exhaustive.

La déconstruction et la réinterprétation ne sont jamais absentes de la prise de sons. Ni même de l'écoute, en fait : on découpe et on recompose sa perception dans le réel. Ici, cette idée est donc affirmée comme processus. Et la possibilité (celle offerte implicitement aux auditeurs/trices du festival) de transformer la musique en temps réel par la marche et l'expérience du paysage, est définie comme méthode. La matière électro- acoustique qui compose (échos) a été collectée de près, de loin, de très loin, sous l'eau, sur des surfaces résonantes, à travers le sol... Randonnée sonore aléatoire sur les chemins de la vallée pour trouver ce qui sonne, comment ça sonne, jusqu'où ça sonne.
Puis il y a eu le temps de la composition en studio, avec ses choix, ses astuces, ses recettes, ses essais et encore ses impasses. Mais ça n'est pas le plus intéressant : ça n'a servi qu'à faire germer ce qui était déjà contenu dans les enregistrements. [Notes d’insert du disque]

(La dernière image de la trompe est empruntée à Seb Brun ©)